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La mosquée de Cordoue

Par Samadi Nicolle

Programmes 5e et 2nde (Histoire, Espagnol) et école primaire


Histoire, Espagnol, arts plastiques

Sommaire

Éléments de cadrage

La mosquée de Cordoue

Modèle de la beauté, fleuron de la civilisation islamique aux yeux des grands voyageurs arabes andalous, la mosquée de Cordoue est considérée comme le chef-d’œuvre des Omeyyades d’Espagne. Son édification et son embellissement s’étendent sur plus de deux siècles, de la fin du VIIIe au Xe siècles. La Mezquita, comme l’appellent les Espagnols, est la seule mosquée conservée de l’héritage islamique andalou. Elle domine le site historique de Cordoue qui est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité depuis 1984. Monument artistique et religieux, la « mosquée-cathédrale » de Cordoue est l’une des ressources touristiques majeures de l’Espagne.

Les programmes d’histoire de la classe de 5e imposent l’étude d’une mosquée mais les manuels scolaires ont peu innové dans la pédagogie et dans le choix d’un édifice. Les élèves devant être capables de « décrire » une mosquée, les manuels privilégient l’identification des éléments principaux (mihrâb, minbar, minaret, fontaine d’ablutions….) et la présentation des fonctions d’une Grande mosquée (prière collective, prêche). Le contexte de la construction, des modifications, l’originalité du monument et sa portée patrimoniale sont pourtant le plus souvent occultés. La plupart des éditeurs reproduisent le choix de la mosquée retenue dans leur précédent manuel et privilégient généralement les mosquées de Damas ou de Kairouan.

Dans le cadre des croisements disciplinaires encouragés par les programmes, l’exemple de la mosquée cordouane pourrait être proposé pour trois raisons principales :

  • La mosquée de Cordoue est la plus grande mosquée médiévale de l’Occident musulman et l’un des rares monuments religieux témoins de la grandeur andalouse. Cet apogée de l’islam omeyyade occidental a marqué la littérature et l’imaginaire oriental et occidental.

  • Elle incarne un modèle original, puisant harmonieusement dans les héritages romano-byzantins et wisigothiques et dans les traditions syriennes de l’art omeyyade.

  • La qualité des sources historiques - notamment les sources arabes - les nombreuses études de spécialistes de l’art, et la préservation du site contribuent à une bonne connaissance de ce monument andalou.

Les programmes

Référence au programme d’histoire de 5e

« L’extension et la diversité religieuse et culturelle de l’Islam médiéval sont présentées au temps de l’empire omeyyade ou de l’empire abbâsside ». On étudiera « la vie urbaine à Damas, Cordoue, Bagdad ». On présentera une mosquée. Parmi les capacités attendues, l’élève devra connaître « l’extension de l’islam à l’époque omeyyade ou abbâsside sur une carte du bassin méditerranéen ». Cette carte situera « le monde musulman médiéval par rapport à ses voisins ».

Intégration du sujet dans les autres programmes scolaires

L’étude d’une mosquée est présente aussi dans l’Histoire des arts, à l’école primaire et au collège en classe de 5e .Elle s’intègre également dans les programmes d’espagnol. Au collège (palier 2), au titre des activités de compréhension de l’oral, un exposé (ou un reportage) est proposé sur le thème du patrimoine historique et culturel, architecture, religion, histoire, avec l’exemple de la mosquée de Cordoue. Au lycée en classe de seconde, le programme d’espagnol s’organise autour de plusieurs notions dont celle de « mémoire, héritage et rupture », « l’art et la littérature offrent un accès privilégié  à la compréhension des sociétés ».

Repères historiques

  • 572 : La cité hispanique de Corduba, capitale de la Bétique est prise par les Wisigoths. Les conquérants abandonnent l’arianisme pour le catholicisme latin en 589.

  • 711 : Victoire de Guadelete remportée par les armées berbères conduites par Tarik ibn Zayid. La lointaine contrée d’Ibérie conquise par les musulmans devient al-Andalus, terme dont l’origine n’est pas élucidée (peut-être une déformation de vandalus). Il apparaît sur le revers des monnaies bilingues en 717.

  • 716-719 : La capitale d’al-Andalus est transférée de Séville à Cordoue (Kurtuba en arabe).

  • 750 : Le jeune prince ‘Abd al-Rahmân, petit-fils du 10e calife de la lignée omeyyade, échappe au massacre de sa famille par les Abbâssides près de Damas. Il trouve refuge au Maghreb puis  en Andalousie. L’événement a été magnifié par les chroniques arabes tardives (Xe/XIe siècles).

  • 756 : À la tête de l’armée, ‘Abd al-Rahmân, « l’Émigré », évince le gouverneur arabe de Cordoue. Selon les textes arabes, suivant l’exemple de Damas, chrétiens et musulmans auraient partagé la plus grande église de Cordoue. Puis les chrétiens en sont expropriés mais ils « relèvent » leurs églises détruites après 711 et commencent à les reconstruire en dehors de la médina.

  • 786 : Sur la rive nord du Grand Ouadi (actuel Guadalquivir), inauguration de la première grande mosquée d’al-Andalus - la « chapelle » de l’émir- proche du palais.

  • 833 : Sous le 4e émir ‘Abd al-Rahmân II, la population de la métropole d’al-Andalus s’étend. Les onze nefs de la mosquée primitive sont prolongées vers le sud et on procède à la construction du minaret.

  • 929 : Le prince Omeyyade ‘Abd al-Rahmân III est proclamé calife dans la mosquée de Cordoue. Ce titre lui confère prestige et autorité dans une province excentrée de l’islam. Son long règne de 40 ans est considéré comme l’apogée de la civilisation andalouse. Il livre des combats à la fois contre les chrétiens et les insurgés berbères des montagnes. Sous son règne la frontière avec la chrétienté est fixée au nord [carte]. ‘Abd al-Rahmân III fait bâtir le prestigieux palais de Medinat al-Zahra, à 5 km de Cordoue.

  • Sous al-Hakam II (961-976) a lieu la deuxième extension des nefs vers le sud et la construction du somptueux mihrâb. C’est l’époque du grand essor culturel et artistique de Cordoue.

  • 978 : Ibn Abi ‘Amir, issu d’une grande famille de juristes de Cordoue, haut dignitaire du calife al-Hakam II exerce le véritable pouvoir à Cordoue après la mort du calife. La mosquée est encore agrandie de huit nefs vers l’est. Grand général, Ibn Abi ‘Amir refoule les chrétiens au nord. Il est honoré sous le nom d’al-Mansûr (« Le Victorieux »), tandis que les chrétiens le considèrent comme le « fléau de Dieu ». Après la mort du régent, en 1002, le califat est dirigé par ses successeurs les Amirides.

  • 1031 : Fin du califat de Cordoue. C’est la période des taifas, (de l’arabe clan, faction). Ces « cités-États » ou principautés, sont dominées par des chefs rivaux, berbères, arabes ou convertis à l’islam de souche européenne.

  • 1099-1236 : Règne des Berbères almoravides puis almohades. Leur capitale est Séville, à l’exception d’une courte période sous le prince berbère almohade ‘Abd al-Mu’min (1161-1163).

  • 1236 : Prise de Cordoue par Ferdinand III, roi de Castille et de Léon.

  • 1239 : La grande Mosquée de Cordoue est convertie en église dédiée à l’Assomption de la Vierge.

Présentation du sujet

La « nouvelle Damas » des Omeyyades d’Andalousie

Une mosquée à la croisée des influences islamiques et chrétiennes

Durant deux siècles les maîtres de Cordoue, émirs et califes, originaires de Syrie auraient marqué cet édifice de leur « désir de retrouver sur la terre du refuge, l’image du pays natal » (Georges MARÇAIS, L’architecture musulmane d’occident, Paris, Arts et métiers graphiques, 1954, p. 131).

Dès le XIXe siècle, l’architecture et l’ornementation de ce monument ont fait l’objet d’études nombreuses et érudites. Comme les Mosquées al-djâmi de Damas et de Kairouan, la mosquée cordouane est un témoin majeur de la première période de l’art islamique. C’est aussi une synthèse d’influences islamiques et régionales, d’innovations et d’héritages. Les deux rangées d’arcs superposés et le décor de claveaux alternés de calcaire blanc et de brique rouge à l’intérieur et sur les portes extérieures, rappellent l’étagement et la maçonnerie de granit et de brique de l’aqueduc de Mérida du 1er siècle de l’empire romain. Les spolia fort nombreux, ont été remarqués lors de son séjour à Cordoue dans les années 1830, par Girault de Prangey, photographe-voyageur et historien de l’art oriental. Il s’étonne de la « discordance la plus choquante » entre les chapiteaux et compare la mosquée des princes omeyyades à un « musée des antiquités ». Pourtant les Omeyyades d’al-Andalus ont aussi fait preuve d’innovation dans l’architecture en superposant des colonnes et des piles supportant les arcs.

Dans un ouvrage au titre provocateur, Les Arabes n’ont pas envahi l’Espagne, Paris, Flammarion, 1969, l’universitaire espagnol Ignacio Olagüe (1903-1974), contesta l’« arabité » de l’architecture de la mosquée de Cordoue. Selon cet historien très controversé pour certaines de ses thèses, l’arc en fer à cheval n’était pas une invention « arabe », il existait dans les architectures ibérique, romaine, wisigothique. Selon lui, la première mosquée de Cordoue ne serait que la continuation d’une église chrétienne de style byzantin édifiée aux Ve-VIe siècles puis dédiée par les Wisigoths à Saint-Vincent. L’édifice aurait été « islamisé » par les successeurs d ‘Abd al-Rahmân qui ajouta les éléments symboliques de la mosquée (minaret, mihrâb…). Sa double identité musulmane et ibérique, serait le fruit d’un « métissage culturel progressif ».  

Cohérence du projet des émirs omeyyades

Le plan initial de la mosquée de ‘Abd al-Rahmân 1er est celui de la basilique, adopté par les premières mosquées de l’islam. Les agrandissements successifs en font l’une des plus grandes mosquées de l’islam médiéval (environ 12 0000 m²). Ils ont été réalisés entre 833 et 987. Les modifications révèlent une grande cohérence dans la technique et la décoration. Elles sont fidèles à l’emploi des rangées d’arcs superposés et à la belle alternance des couleurs rouge et blanche, aussi bien dans les arches que dans la maqsûra.

La célèbre « forêt de colonnes » de marbre à chapiteaux, plantées en quinconce et surmontées d’une double arcature, donne une forte densité à l’espace intérieur. Les colonnes et la superposition hardie des arcs (arcs outrepassés surmontés d’arcs de plein cintre) donne une élévation de plus de 9 mètres à la « haute futaie » de pierres et renforce l’impression de majesté du lieu. Comme dans toutes les grandes mosquées, la « symétrie de translation » rythme l’espace et confère à ce lieu de culte une grande sérénité. La lumière est diffusée parcimonieusement par les petites coupoles des plafonds en bois de cèdre, à solives richement peintes. Des centaines de lampes illuminaient les salles de prières au moment de la prosternation rituelle.

Somptuosité et « audace » des réalisations

Vue de l’extérieur, la mosquée se présente comme une citadelle austère. Ses hauts murs de briques soutenus de lourds contreforts, sont couronnés de créneaux. Contrastant avec cette rigueur, l’ornementation élégante, colorée, se concentre dans un espace réservé au mihrâb et à la maqsûra réalisés sous al-Hakam II (961-971). Le fils du calife ‘Abd al-Rahmân III agrandit la mosquée de onze nefs en direction du sud jusqu’à l’aplomb de la rive du Guadalquivir.

  • Le nouveau mihrâb est tourné vers Damas. Plus qu’une niche, c’est une véritable salle heptagonale recouverte d’une coupole à coquille. Elle communique avec la salle de prière par un bel arc outrepassé. L’ensemble très original dans les arts de l’islam, est orné de stuc ciselé, de marbre sculpté, et des célèbres mosaïques de verre de couleur bleu clair sur fond d’or, d’inscriptions coraniques ou d’invocations. À droite du mihrâb était rangé le minbar monté sur des roues, et à gauche, une pièce recevait les lampes et divers objets religieux.

  • La maqsûra. Cet espace réservé à la prière du souverain s’offre comme un avant-corps précédant le mihrâb. À la différence de la maqsûra de Kairouan en panneaux de bois de cèdre ouvragé, celle de Cordoue est un oratoire aux vives couleurs et d’architecture complexe combinant des arcs polylobés superposés et croisés.

Henri Stern, éminent spécialiste de la mosaïque antique et médiévale a bien montré le « caractère exceptionnel »des réalisations d’al-Hakam [ Les mosaïques de la Mosquée de Cordoue, Berlin, Walter de Gruyter, 1976, p. 48 ]. Les mosaïques du mihrâb témoignent d’une « osmose artistique » entre les arts arabe et byzantin ; elles constituent « un témoignage isolé » des convergences andalouse et byzantine dans l’art religieux. Si le maître mosaïste byzantin apporte à Cordoue son savoir-faire, il abandonne le système rigide du décor des églises byzantines pour s’imprégner des programmes décoratifs de l’art omeyyade d’Espagne qui est à son apogée (….) « il emprunte à l’art local, nombre de motifs associés à ceux de Byzance ». Enfin, dans cette entreprise, al-Hakam « a renoué avec une tradition de sa dynastie interrompue par l’usurpation abbasside ».

Thèmes d’étude complémentaires

L’« invention » de la relique du Coran d’ ‘Uthmân

Les origines du culte cordouan de la relique

Lors de sa fuite en Andalousie, le jeune « Émigré » ‘Abd al-Rahmân aurait emporté avec lui un précieux codex coranique. Des textes arabes tardifs, en particulier celui du géographe al-Idrîsî (m. 1166), rattachent le Coran de la Grande mosquée de Cordoue à un codex écrit de la main du calife ‘Uthmân, le troisième des successeurs du Prophète. Selon d’autres traditions des feuillets auraient été tachés de son sang lors de son assassinat en 656. La tradition lui attribue la vulgate coranique distribuée dans tout l’Empire. Un exemplaire vénéré de ce Coran, aurait été déposé dans une armoire de la maqsûra de la Grande mosquée de Cordoue. Sous la dynastie berbère des Almohades, il devint la relique la plus importante de l’islam ibérique.

Description du rite de l’ostension par al-Idrîsî

« À gauche [du mihrâb] est un édifice contenant des choses nécessaires, des vases d'or et d'argent, et des candélabres destinés à l'illumination de la 27e nuit du ramadan . On voit dans ce trésor un exemplaire du Coran que deux hommes peuvent à peine soulever à cause de sa pesanteur, et dont quatre feuilles proviennent du Coran que 'Uthmân (…) a écrit de sa propre main ; on y remarque plusieurs gouttes de son sang. Cet exemplaire est extrait du trésor tous les vendredis. Deux d'entre les gardiens de la mosquée, précédés d'un troisième portant un flambeau, sont chargés du soin d'apporter l'exemplaire renfermé dans un étui enrichi de peintures et d'ornements du travail le plus délicat. Un pupitre lui est réservé dans l'oratoire. Après que l'imam a lu la moitié d'une section du Coran, on rapporte l'exemplaire à sa place. »

Description de l’Afrique et de l’Espagne, par Al-Idrîsî, trad. Reinhart Dozy et M. J. de Goeje, Leiden, Brill, 1866, p. 260 (corpus en ligne).

La conversion du monument musulman et l’avenir du lieu

Après un rite de purification du sol et des murs par l’eau, la mosquée reprise par Ferdinand III est transférée au culte chrétien au XIIIe siècle. Saint-Jacques-de- Compostelle retrouve les cloches enlevées en 997 par al-Mansûr (Almanzor en espagnol). Plus tard, l’espace de la mosquée est réorganisé pour les besoins du culte catholique et de la hiérarchie ecclésiastique. Des dizaines de chapelles sont aménagées dont la Chapelle Villaviciosa à la fin du XVe siècle dans l’extension d’al-Hakam.

« [Almanzor ] fit ensuite son entrée dans Cordoue, accompagné d'une foule de prisonniers chrétiens qui portaient sur leurs épaules les portes de la ville de Saint-Jacques et les cloches de son église. Les portes furent placées dans le toit de la mosquée qui n'était pas encore achevée. Quant aux cloches, elles furent suspendues dans le même édifice pour y servir de lampes ».

R. DOZY, Histoire des musulmans d’Espagne jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides, T 3, Leiden, Brill, 1861 p. 235.

Sous Charles Quint, roi des Espagnes depuis 1516, le chapitre de Cordoue obtient l’autorisation d’ériger une nouvelle cathédrale au cœur de la mosquée pour rivaliser avec Séville et Grenade. L’architecte Hernán Ruiz conçoit le plan et dirige les travaux. Soixante colonnes sont détruites, la grande nef arabe est trouée d’un transept. Le chœur imposant et le maître autel de la « Grande chapelle » (Capilla mayor) allient les styles gothique, renaissance et baroque.

Charles Quint aurait déploré les modifications architecturales de Ruiz :

« Vous avez détruit là une chose qu’on ne voyait nulle part ailleurs, pour faire une chose qu’on voit partout  .

Ces propos attribués à l’empereur, sont très fréquemment rapportés par les historiens. Or, il n’en n’existe qu’une seule mention dans un catalogue du XVIIIe  siècle des évêques de Cordoue.

En 1539, à la suite d’un nouveau tremblement de terre à Cordoue, le minaret d’Abd al-Rahmân III est reconstruit. Sur la haute tour carrée, une statue dorée de l’ange Gabriel, patron de Cordoue, remplace les deux pommes d’or et d’argent, ainsi que le lys et la grenade qui coiffaient le minaret au Xe siècle.

L’appellation « mosquée cathédrale » conférée par l‘Unesco (1984) a été contestée par la Commission islamique d’Espagne et la Ligue arabe. Le Vatican et l’Unesco ont été saisis de leurs revendications (2012) portant soit sur le retour à sa vocation primitive de mosquée, soit sur le droit pour les musulmans de venir y prier.

Textes de référence

Textes arabes fondamentaux

La mosquée de Cordoue a été décrite par les auteurs arabes, en particulier al-Idrîsî (XIIe,,  Ibn Idârî (fin XIIIe) et le compilateur maghrébin al-Maqqarî (XVIIe).

  • IBN IDARI, chroniqueur arabe marocain, auteur d’une Histoire du Maghreb et de l’Andalousie (al-Bayân…., 1312, trad d’Edmond FAGNAN, 1901, 2e éd. corrigée, G. S. COLIN et É. LEVI PROVENÇAL, Leiden, Brill, 1948).

« En 965 fut achevée la coupole dominant le mihrâb (….). On commença les incrustations de mosaïques de cet édifice. Al-Hakam avait écrit au roi des Roûms à ce sujet et lui avait ordonné de lui expédier un ouvrier capable…. Les envoyés lui ramenèrent les mosaïstes ainsi que 320 quintaux (environ 1600 kg) de cubes de mosaïques que le roi de Roûm lui envoya à titre de présent. Le prince hébergea et traita largement le mosaïste auprès de qui il plaça ses mamelouks en qualité d’apprentis, et ses esclaves travaillant avec lui acquirent un talent d’invention, qui leur fit dépasser leur maître ».

La mosquée et l’histoire des arts

L’enseignement de l’histoire des arts, couvre plusieurs champs de connaissance, notamment les périodes historiques, et un grand domaine artistique : « les arts de l’espace » (architecture, urbanisme…). Privilégier l’œuvre patrimoniale de la mosquée de Cordoue, permet de relier le contexte - l’époque omeyyade - et la gestion de l’espace cultuel et urbain de la plus grande ville de l’Occident musulman sous les Omeyyades de Cordoue jusqu’au début du XIe siècle.

Les sites Internet offrent une riche sélection iconographique. À l’école primaire (cycle 3), la mosquée est proposée dans une « liste de référence » pour la période du Moyen Âge. Au collège, le programme indique une « piste d’étude » : « l’œuvre d’art et le sacré ». Pour la classe de 5e le cadre historique s’étend du IXe au XVIIe siècles, cette longue période permettrait de suivre les aménagements de l’espace et du décor de la mosquée omeyyade andalouse, à la conversion en cathédrale au XIIIe siècle et aux aménagements  sous Charles Quint.

La mosquée cordouane a-t-elle influencé l’art roman ? La question est l’objet de vifs débats. Les historiens d’art de la première moitié du XXe siècle - en particulier Emile Mâle - ont défendu la thèse d’influences islamiques dans l’art roman, notamment dans la cathédrale du Puy.

« C’est au cœur des montagnes du Velay, au Puy, que se trouvent les monuments qui témoignent le plus clairement en France de l’influence musulmane. L’étrange façade polychrome de la cathédrale [du Puy] éveille, avant toute réflexion, une confuse impression d’Orient. […]. Dans le merveilleux cloître […] les arcades aux claveaux tour à tour noirs et blancs font penser aux arcs blancs et rouges de la mosquée de Cordoue ».

Émile Mâle, Art et artistes au Moyen Age, Paris, Flammarion [ 1927 ], 5e éd., 1968.

La mosquée et la littérature française

L’hispanisme connaît une grande vogue au XIXe siècle. À son tour, Théophile Gautier se rend en Espagne en 1840, Edgar Quinet, écrivain et historien, traverse l’Espagne en 1843. L’Espagne séduit les voyageurs et les écrivains pour son « exotisme ». l’Andalousie apparaît comme l’Orient de l’Europe. A la mosquée de Cordoue, Gautier admire la « forêt plafonnée » ; le « mystérieux demi-jour » et critique les transformations imposées par les catholiques. La cathédrale n’est qu’une « verrue isolée » dans le superbe édifice. Edgar Quinet découvre « la maison du Dieu des batailles ». Il s’enchante de la hardiesse des colonnes et des voûtes qui « montent comme une prière » et cherche en vain sur le minaret les symboles de l’islam : « la lourde forteresse d’Allah semble s’abîmer de colère sous la petite croix imperceptible qui la surmonte ».

Textes accessibles en ligne

  • Théophile Gautier, Voyage en Espagne, récit de voyage publié en feuilleton dans la Presse, en 1840, puis sous le titre Tras los montes, Paris, V. Magen, 1843. Réédition, Paris, Garnier Flammarion, n° 367, 1998.

Texte numérisé : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56855443.r=Corrida.langFR

  • Edgar Quinet, « Mes vacances en Espagne » in Œuvres complètes, Paris, Au Comptoir des Imprimeurs-Unis, vol. 9, 1857, chap. XXV, p. 206-209.

Texte numérisé :

http://books.google.fr/books/about/%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Mes_vacances_en_Espag.html?id=M0ktAAAAMAAJ&redir_esc=y

Disponible aux éditions Harmattan, Paris, coll. Les Introuvables, 1998.

Bibliographie

Encyclopédie de l’islam, T. 5, entrée « Kurtuba ». Leyde, Brill, 2e édition, 1954-2005.

DOZY Reinhart, Histoire des musulmans d’Espagne jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides, T 3, Leiden, Brill, 1861 (corpus en ligne).

Dozy est un grand orientaliste hollandais francophone et arabisant, auteur d’une monumentale histoire de l’Andalousie.

MAKARIOU Sophie, L’Andalousie arabe, Paris, Hazan, 2000.

MENOCAL María Rosa, L’Andalousie arabe, une culture de la tolérance, VIIe-XVe siècles, [ 2002 ], trad de l’anglais (E.U) , Paris, Autrement, Coll. Mémoires, n° 92, 2003.

ROUX Jean-Paul, Dictionnaire des arts de l’islam, Paris, Fayard, Réunion des musées nationaux, 2007.

STERN Henri, Les mosaïques de la Grande mosquée de Cordoue, Berlin, Walter de Gruyter, 1976.

Sites Internet et iconographie

Cartes de l’expansion musulmane jusqu’au VIIIe siècle :

http://www.gl.iit.edu/govdocs/maps/maps.htm (via Image:Age_of_Caliphs.png), traced on high resolution)

http://ecole.lambda.free.fr/IMG/gif/2-monde-musulman.gif

À télécharger sur le site CNDP la vidéo de la collection « Grandes places d’histoire » CNDP/La Cinq, la Mosquée de Cordoue,  avec livret d’accompagnement. Durée 5 ‘ 25’’

http://www.cndp.fr/tdc/tous-les-numeros/lislam/videos/article/la-grande-mosquee-de-cordoue.html

Il existe de nombreux sites personnels disposant d’une bonne sélection iconographique, mais les commentaires historiques laissent souvent place à des appréciations admiratives et à des considérations trop générales.

Sélection proposée :

Cartes de l’émirat vers 910

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7b/Al-Andalus-de-910.jpg/741px-Al-Andalus-de-910.jpg

L’aqueduc de Mérida : l’image permettra une comparaison entre l’architecture romaine et islamique.

http://compostelle.pierre-alglave.fr/compostelle/via-plata-2010/recit-plata-2010/100908-aljucen.html

La mosquée de Cordoue :

Site en espagnol : la mezquita-catedral de Córdoba patrimonio ed la humnaidad

http://www.mezquitadecordoba.org/fr/

Site Unesco, patrimoine mondial :

http://whc.unesco.org/uploads/thumbs/site_0313_0001-469-0-20090929160107.jpg

  • Maqsûra de Cordoue

http://www.infocordoba.com/spain/andalusia/cordoba/photos/mosque_2/images/mosque_interior_217_jpg.jpg

Image1

  • Nef principale formant une « allée triomphale » conduisant au mihrâb

http://www.qantara-med.org/qantara4/admin/pics_diapo/168mezquita%20cordoba.jpg

  • Le mihrâb, gravure (1839) illustrant les Monuments arabes et moresques de Girault de Prangey

Joseph Philibert Girault de Prangey est l’auteur de deux ouvrages majeurs et pionniers sur l’architecture « hispano-moresque » vers 1840. Les planches sont issues de ses remarquables dessins réalisés in situ.

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRGuLjptltSHAVaLhykhePHiG26HvXrAnqzuq-uXBPoPFcl_pOp2w

  • Mosaïques du mihrâb

http://aminus3.s3.amazonaws.com/image/g0010/u00009033/i00602440/7e3d12526365fdf587c54b8b41d61f4a_large.jpg

Image2

  • Les agrandissements successifs de la mosquée omeyyade

Dimensions de la mosquée-cathédrale actuelle : environ 175 m sur 130 m avec la cour extérieure.

Dix-neuf nefs longitudinales : comme à Médine (mosquée du Prophète) et à Jérusalem (al-Aqsa), les nefs sont perpendiculaires au mur de la qibla.

L’orientation nord-sud, constitue un écart par rapport à la qibla.

La cour des Orangers (Los Naranjos), orientée au nord, bordée d’arcades, est édifiée au-dessus d’une citerne.

La conversion de la mosquée en cathédrale catholique

  • Maquette de la mezquita-catedral

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTp9D4hxuU6c06h6ND2Fs43fPdjh5TjpoXQlHeXGUD9nDEjpmwK

Image3

  • Un lieu, deux mondes : le chœur adossé à la mosquée

http://www.clemence-bes.fr/wp-content/gallery/cordoba-2012/14-mezquita-capilla-mayor-1.jpg

Image4

  • Reconstruction du minaret et transformation en clocher

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Minaret_of_the_Mezquita_in_Cordoba.JPG

NUAGE DE MOTS-CLEFS
Lexique : Mosquées al-djâmi‘, Spolia, Maqsûra
Domaines religieux : Islam
Guide des ressources : Enseignement : Arts plastiques, Enseignement : Espagnol, Enseignement : Histoire, Enseignement : Synthèses et applications pédagogiques

Référence du document

« Samadi Nicolle, La mosquée de Cordoue » , 2012 , IESR - Institut Européen en Sciences des Religions , mis à jour le: 30/01/2017, URL : http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/ressources-pedagogiques/fiches-pedagogiques/mosquee-cordoue

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