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LÉVY-WILLARD Denis, Le Livre dans la société juive médiévale de la France du Nord, Paris, le Cerf, 2008, 213 p.

Par
Notes bibliographiques, illustrations, annexes.

Sommaire

Résumé

L’auteur invite à comprendre la place du livre dans le monde ashkénaze au Moyen Âge central et au bas Moyen Âge, des premières œuvres en hébreu ayant laissé des traces (Xe siècle) jusqu’à l’invention de l’imprimerie (v. 1450). La place spécifique du livre en monde ashkénaze est éclairée au travers d’une comparaison avec le livre latin et le livre hébreu des aires sépharade et provençale, et du monde de la Geniza du Caire dévoilé par S.D. Goitein1. Elle est déclinée en neuf chapitres thématiques. L’auteur envisage d’abord les aspects matériels (supports, mise en page, travail de décoration, etc.), puis les conditions de production et de diffusion du livre. Les deux chapitres suivants sont consacrés à l’activité intellectuelle et aux lectures privilégiées au sein de l’aire envisagée. À la différence des juifs de la péninsule Ibérique, de Provence et de Sicile, les juifs ashkénazes ne s’intéressent que secondairement aux livres profanes et accordent la prééminence aux textes religieux. Le cinquième chapitre aborde le milieu des scribes professionnels, relativement fermé et restreint, dans la mesure où la fabrication du livre est d’abord une affaire individuelle qui répond à un besoin personnel. Dans les derniers chapitres, Denis Lévy Willard revient sur la diffusion du livre en monde ashkénaze à travers la description du commerce, puis du prêt et de la location des manuscrits. Celle-ci est surtout le fait des banquiers et des marchands qui ont la fortune nécessaire pour offrir à leur descendance une éducation de qualité. Le dernier chapitre intitulé « la fin des livres » envisage les facteurs de leur perte et de leur dispersion : usure naturelle, incendies, vols, expulsions.

Points forts

  • Ce livre d’érudition et de synthèse contourne l’absence de documents latins « de la pratique » (actes notariés, procès) en aire ashkénaze en mobilisant des sources hébraïques nombreuses et variées, telles que les œuvres des grandes figures du judaïsme ashkénaze (dont Rashi de Troyes), les ouvrages et les commentaires exégétiques. Les tshuvot (ou responsa) sont également sollicitées, en dépit de leurs difficultés d’exploitation liées à l’absence de datation et à leur orientation essentiellement juridique et religieuse. Les colophons des manuscrits et les listes de livres et inventaires de bibliothèques complètent ce fonds substantiel.

  • L’auteur nuance utilement les apparentes différences de conditions de circulation des livres. En effet, l’insertion dans un environnement majoritaire chrétien ne semble pas avoir entravé la circulation des œuvres majeures produites ailleurs dans le monde juif, à l’instar du ‘Arukh, dictionnaire talmudique de Nathan b. Yehiel de Rome composé en 1101, considéré comme un monument de la culture juive et connu par Rashi, mort en 1106.

  • Il y a donc bel et bien en monde ashkénaze médiéval une structure centralisée susceptible d’exercer un contrôle sur la production et la diffusion des ouvrages, que ce soit dans le sens de la promotion (vers 1280, des directives sont émises par les autorités rabbiniques de la France du Nord et de la vallée du Rhin pour soutenir la diffusion rapide du Petit livre des préceptes ou Sefer mitsvot qatan (SMaQ) écrit en 1278 par Isaac b. Joseph de Corbeil) ou dans celui de la censure (à l’encontre de l’œuvre de Maïmonide par exemple, aux XIIIe et XIVe siècles).

  • Enfin et surtout, Denis Lévy-Willard montre que la spécificité du livre hébreu réside sans doute dans le rapport au livre en monde juif ashkénaze. En diaspora, l’écrit est un gage de cohésion auquel l’observance des règles nombreuses et détaillées du judaïsme impose un recours intensif. Enfin le hassidisme, certes minoritaire et marginal, prône le sauvetage impératif de la vie des hommes et les livres religieux en cas de danger. L’auteur s’écarte ainsi des explications faciles et rapides, relevant des lieux communs de l’historiographie dite « victimisante » ou « lacrymale ». Il relègue au second rang les événements tragiques, telles que l’interdiction du Talmud de 1242 et l’expulsion, en 1306, des juifs de France par Philippe le Bel, et souligne les facteurs explicatifs internes au monde juif, à savoir le rapport personnel et individuel au livre encouragé par le Talmud qui érige l’écriture en un acte religieux et méritoire.

JS

NOTES DE BAS DE PAGE

1 A Mediterranean Society. The Jewish Community of the Arab World as Portrayed in the Documents of the Cairo Geniza, 5 vol., Berkeley, 1967-1988.

NUAGE DE MOTS-CLEFS
Lexique : Hassidisme, Geniza du Caire, Tshuvot
Domaines religieux : Judaïsme, Judaïsme : Origines et corpus, Europe et religions : France
Guide des ressources : Recherche : Ouvrages

Référence du document

Recension : « Sibon Juliette, Lévy-Willard Denis, LÉVY-WILLARD Denis, Le Livre dans la société juive médiévale de la France du Nord, Paris, le Cerf, 2008, 213 p. » 2009, , IESR - Institut d'étude des religions et de la laïcité , mis à jour le: 12/16/2016, URL : https://irel.ephe.psl.eu/ressources-pedagogiques/comptes-rendus-ouvrages/levy-willard-denis-livre-societe-juive-medievale

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