Jésus

Par Van den Kerchove Anna

Programme Histoire 6e, 5e, 2nde et Tale


Sommaire

Fiche de synthèse relative au programme d’Histoire de 6e (collège) sur les débuts du christianisme, de 5e (collège) sur l’Église au Moyen âge, de 2nde (lycée) et de Tale (lycée).

Présentation du sujet

Problématique

Jésus, considéré comme l’oint de Dieu (c’est le sens du grec christos et de l’hébreu machiah dont christ et messie sont respectivement les dérivés) par les chrétiens, est le point de référence des chrétiens et du christianisme, qui tirent leur nom du titre « christ ». Jésus joue donc un rôle capital dans la définition religieuse du chrétien et dans la construction du christianisme qui se fonde en grande partie sur les faits et gestes qui lui sont attribués et qui font l’objet de différentes interprétations.

Comment parler de ce personnage en cours ? Faut-il même en parler ? Seul le programme de 6e le mentionne explicitement, en affirmant, dans la section intitulée « Démarches » : « Le personnage de Jésus et son enseignement sont étudiés au travers de quelques extraits des Évangiles. » Les documents ressources pour ce même niveau précisent que les extraits doivent être « significatifs de ce que ces communautés disent ou entendent dire du personnage de Jésus et de son enseignement, par rapport auquel ces textes sont situés dans leur contexte chronologique et historique) ».

Il ne s’agit donc pas de proposer une biographie de Jésus ni de le présenter comme le fondateur historique d’une nouvelle religion, mais d’analyser comment ce personnage et son message ont été reçus et interprétés par les communautés religieuses qui se réclament de lui. Il est possible d’étudier cette réception et les interprétations à travers les documents (écrits et iconographiques) qui nous sont parvenus du passé.

Cela suppose de distinguer (et non pas forcément opposer) deux histoires, celle du « Jésus de l’histoire » et celle du « Christ de la foi » (cette distinction s'appuie en partie sur le titre Le Jésus de l'histoire et le Christ vivant de la Bible, publié par M. KÄHLER, en 1892) ou des représentations chrétiennes de Jésus reçu et confessé comme le christ. Le questionnement sur le Jésus historique s’est posé en Occident au XVIIIe siècle, a traversé tout le XIXe siècle avant de revenir à la fin du XXe siècle. Il est possible de distinguer trois « quêtes » du Jésus historique, les deux premières se fondant sur les écrits canoniques, la troisième (à partir des années 1980) prenant également en compte les écrits apocryphes et un nouveau regard sur le judaïsme du Ier siècle. Ce long questionnement donna et donne lieu à de nombreuses biographies de Jésus dont la valeur est très variable et qui ne peuvent réduire l’écart entre le « Jésus historique » et le « Christ de la foi », celui-ci reposant sur des références historiques. Dans un premier temps donc, il s’agit de répertorier les éléments historiques que l’historien a en sa possession pour parler du Jésus historique, avant d’indiquer dans leurs grandes lignes les différents discours (croyants) qui se sont déployés autour de Jésus confessé comme le christ.

Jésus, un personnage historique

Il peut être nécessaire de commencer par dire que, à la différence d’Abraham et de Moïse, l’historicité de Jésus est plus assurée. Certes, il existe peu de documents non chrétiens sur lui ; la plupart des sources, chrétiennes, est postérieure de plusieurs années à sa mort et leurs auteurs font moins acte d’historiens qu’acte de croyants en la messianité de Jésus. Cependant, plusieurs éléments convergent en faveur de l’historicité de Jésus. En premier lieu, il est toujours utile de rappeler que c’est le lot de nombreuses personnes antiques, voire de tout le premier millénaire, d’avoir laissé peu de traces directes, sans que les historiens ne songent à contester l’historicité de chacun d’eux. En deuxième lieu, les sources, mêmes chrétiennes, donnent des renseignements qui vont dans le sens de ce que l’on sait par ailleurs pour l’époque, dans notre cas précis, sur le prophétisme et le messianisme au sein du judaïsme. Enfin, notons, à la suite de Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval que mêmes les plus grands opposants aux chrétiens n’ont pas mis en doute l’existence de Jésus ; ils ont plutôt contesté ses gestes et la manière dont il a été perçu.

Peu de sources permettent d’atteindre le « Jésus historique ». Les sources non chrétiennes sont peu nombreuses (voir la liste donnée dans la fiche sur « Les débuts du christianisme ») et donnent peu d’indications sur Jésus lui-même. Les sources chrétiennes sont beaucoup plus nombreuses et donnent de très nombreux renseignements qui relèvent toutefois plus de l’acte de foi que de l’acte d’un historien. Elles indiquent surtout comment les chrétiens des générations ultérieures ont perçu Jésus. Si elles comportent de nombreux éléments historiques, il faut faire attention à ne pas historiciser le reste à partir de ces éléments.

Ce qui suit fait le point sur ce que l’historien peut dire de quasiment certain sur le Jésus historique et ce sur quoi la majorité des historiens (et des exégètes chrétiens contemporains) s’accorde :

  • naissance probablement entre 7 et 4 av. l’ère commune, dans une famille juive, dans le royaume d’Hérode (37-4 av. l’ère commune), alliée de Rome.
  • à l'âge adulte, pendant environ deux ans (durée établie à partir des données de l’Évangile selon Jean), prédicateur itinérant, en particulier en Galilée (gouverné par le tétrarque Hérode Antipas allié de Rome de 4 av. à 39 ap. l’ère commune) et en Judée (gouvernée depuis 6 ap. l’ère commune par un préfet romain avec l’aide de quelques troupes romaines ; cependant le gouvernement au quotidien était effectué par les anciens dans les petites villes et villages et par le grand prêtre avec l’aide du sanhédrin à Jérusalem). Il serait à la fois proche du rabbi (maître) et du hassid (pieux), et comme ce dernier, aurait eu un comportement paradoxal, volontiers à l’écart des cercles savants et des autorités religieuses. Dans ce cadre, il aurait rassemblé autour de lui des disciples juifs – rien n’indique qu’il aurait voulu fonder une nouvelle religion – ; mais, dans les textes, il n’est présenté ni comme un chef politique ni comme un chef religieux, plutôt comme un maître. À l’instar des rabbis juifs, il discute de l’interprétation de la Torah (dont il ne remet pas en cause l’autorité).
  • le cœur du message authentique concernerait le Royaume de Dieu, dont la venue serait imminente, d’où le caractère d’urgence, d’où l’absence de volonté d’organiser une communauté qui s’installerait dans la longue durée. Jésus lui-même, semble-t-il, ne se serait pas présenté comme un messie, même si certains ont eu l’espoir qu’il en soit un à une époque où l’effervescence messianique était forte (voir le témoignage de Flavius Josèphe à ce sujet). Ce qui a sûrement choqué les autorités juives, c’est, selon Daniel Marguerat (Daniel MARGUERAT, "Jésus de Nazareth ou Paul de Tarse?" dans Daniel MARGUERAT - Eric JUNOD, Qui a fondé le christianisme?, Paris-Genève, 2010, p.32-34), sa conception de la pureté : selon les écrits évangéliques, Jésus fréquente des personnes considérées comme impures ; avec lui, la pureté devient active et non plus passive ; elle est la conséquence d'un acte et non plus un état auquel on est soumis par sa condition.
  • arrestation sous Ponce Pilate, préfet de Judée entre 26 et 36 de l’ère commune (existence et fonction attestée par une inscription découverte à Césarée Maritime en 1961) et alors que Caïphe est grand prêtre du Temple de Jérusalem (de 18 à 35). Probablement en avril 30, en tout cas, très probablement entre 29 et 33. Toute tentative de trouver une date sûre est difficile en l’absence de nouveaux documents et en se basant sur les seuls évangiles avec le risque d’historiciser des indications dont la valeur est surtout symbolique (comme l’obscurité ou le tremblement de terre).
  • crucifixion, châtiment utilisé par les autorités romaines pour châtier les voleurs et les révolutionnaires.
  • plusieurs exégètes et historiens acceptent l’historicité d’un ensevelissement honorable, dans un tombeau donné par Joseph d’Arimathie, un membre du conseil du Sanhédrin. D’autres remettent en cause l’ensevelissement honorable.

Il est difficile d’aller au-delà pour ce qui concerne la vie de Jésus, même si plusieurs tentatives ont été menées pour « retrouver » le Jésus historique et également, parmi toutes les paroles attribuées à Jésus dans différentes sources, celles qui seraient authentiques, en comparant en particulier les logia conservées dans les quatre évangiles qui sont devenus canoniques et dans un écrit apocryphe, l’Évangile selon Thomas (deuxième écrit du deuxième codex découvert près de Nag Hammadi en Haute Égypte, en 1945).

Il faut éviter de présenter Jésus comme le fondateur d’une religion. Il convient plutôt d’en parler en termes de fondement d’un mouvement religieux qui se réclame de lui ; on peut se référer à la dénomination de chrétiens et au terme christianisme et également à ce qu'écrit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens 3, 11 (« car nul ne peut établir d’autres fondations que celles qui sont, c’est-à-dire Jésus Christ », traduction Pléiade).

Du Jésus historique au(x) Jésus des communautés chrétiennes

Cependant, comme nous l’avons dit plus haut, il est surtout intéressant d’étudier comment Jésus, son message, ses faits et gestes ont été perçus, représentés, reçus et interprétés au cours du temps, par des communautés qui, sur le plan religieux, se sont peu à peu distinguées des communautés juives. Jésus, s’il n’est pas le fondateur historique du christianisme, en est le fondement. Comme le dit si bien Daniel Marguerat (« Jésus de Nazareth ou Paul de Tarse ? », dans Daniel MARGUERAT – Éric JUNOD, Qui a fondé le christianisme ?, p. 34), « le christianisme n’est pas né d’un coup, ni d’un geste, ni d’une seule personne. Sa naissance est le fruit d’une longue maturation. »

La réception et l’interprétation de Jésus sont diverses, en fonction des attentes (en particulier religieuses mais pas seulement) et de l’univers culturel dans lequel évolue chaque communauté. Le discours sur Jésus est loin d’être unifié et fait l’objet de débats parfois très vifs entre chrétiens eux-mêmes et entre les chrétiens et les non-chrétiens ; et même après les conciles œcuméniques, des discours autres persistent à côté d’un discours majoritaire qui se considère comme unique et perçoit les autres comme déviants, les qualifiant d’«hérésies» dans un sens péjoratif. Les documents qui sont parvenus jusqu’à nous témoignent de ces discours différents voire divergents. La situation se complique parce que ces documents n’ont pas le même statut au sein de la tradition chrétienne et que certains ont longtemps pâti d’avoir été considérés comme «apocryphes». Longtemps, les écrits canoniques et les autres écrits chrétiens (apologétiques, doctrinaux et exégétiques) ont été privilégiés dans la recherche historique, et actuellement les manuels d’histoire font une très grande place aux écrits canoniques. Si cela témoigne de la place fondamentale de ces documents dans la liturgie chrétienne, cela ne rend pas compte de l’importance, au moins de certains d’entre eux, pour l’histoire des doctrines chrétiennes et l’histoire des arts. Nous y reviendrons plus loin.

De plus, le message chrétien n’est pas le message de Jésus. Celui-ci a été étayé au cours de la tradition. Dans un premier temps, les paroles attribuées à Jésus ont été transmises par voie orale, avec les agrapha, avant d’être ensuite rassemblées à l’écrit dans des collections de logia, dont on trouve des traces dans les quatre évangiles (devenus canoniques) et dans un écrit apocryphe, l’Évangile selon Thomas. Ces collections de logia ont connu une large diffusion avec parfois des versions différentes et surtout des sélections différentes et des interprétations différentes.

- La résurrection

Si le document intitulé « Ressources » indique qu’il faut éviter d’« entrer dans un débat sur les croyances elles-mêmes », il n’en reste pas moins que certaines questions sur les croyances ne pourront être évitées, sans toutefois les contester ni les mettre en question ni, à l’inverse, en faire l’apologie. Les premières communautés chrétiennes dont l’historien connaît l’existence, en particulier à travers les lettres de Paul, considèrent, au-delà de différences culturelles, que Jésus est le messie (christ en est l’équivalent grec) annoncé par les Écritures (juives). À cette croyance est liée celle en la résurrection.

Le moment où se développe la croyance en la résurrection de Jésus est un moment fondateur qui fait des disciples de Jésus des chrétiens, c’est-à-dire des personnes croyant en la messianité de Jésus, confessant que Jésus est christ. On peut à ce sujet évoquer Paul qui diffère des auteurs des évangiles : son originalité consiste à formuler « la tradition de Jésus non à partir de la vie de Jésus, mais à partir de sa mort, qu’il considère comme révélatrice de toute sa destinée » (Daniel MARGUERAT, "Jésus de Nazareth ou Paul de Tarse?", art. cit., p.26).  Pourquoi peut-on parler de moment fondateur ?

L’épisode de la crucifixion constitua pour la majorité des juifs et des non-juifs une preuve et un argument pour affirmer que Jésus n’était pas un messie, ni un envoyé de Dieu. En effet, un dieu fort ne peut se révéler dans la faiblesse d’un homme mort crucifié. Les attentes messianiques que certains avaient pu mettre en Jésus ont été ainsi déçues. La mort de Jésus sur la croix était perçue comme une mort ignominieuse, à la fois selon la conception romaine, mais aussi selon la loi deutéronomique qui affirme que ceux qui sont sous les arbres (crucifixion) sont sous la malédiction de Dieu (Deutéronome 21.23). Selon la conception juive de l’époque, la crucifixion témoignait du rejet par Dieu. Comment dans ce contexte est apparue la croyance selon laquelle Jésus est ressuscité ?

Beaucoup aujourd’hui, chez les jeunes, comme chez les adultes, posent la question de l’historicité de la résurrection ou du comment est-ce possible de croire en cela. S’il faut éviter d’entrer dans des débats sur les croyances, il peut être utile et tout à fait dans le champ de l’historien d’apporter des éléments de réponse, en ne se contentant pas de dire « il suffit juste de croire ».

* Des groupes juifs, notamment les pharisiens, croyaient en la résurrection, mais celle-ci était avant tout eschatologique et n’était pas conçue comme un événement de l’histoire humaine.

* Croire en la résurrection c’est croire en la possibilité que Dieu puisse intervenir dans le monde humain ; c’est admettre la possibilité des miracles et donc aussi croire en l’existence de Dieu. Cette croyance ne va pas à l’encontre d’une autre croyance, voire connaissance, celle selon laquelle les gens, normalement, ne ressuscitent pas. Pour eux-mêmes, les chrétiens envisagent une résurrection eschatologique et qualifient de miracles les quelques témoignages de résurrection dans le temps historique.

* L’historien ne peut pas apporter de preuves scientifiques, même si certains ont cherché à en apporter. De même, a-t-il du mal à expliquer comment s’est concrétisée la croyance en la résurrection de Jésus. Certains ont ainsi émis l’idée que des disciples ont eu une vision de Jésus et que cette vision a été interprétée comme une résurrection. Peu d’éléments vont en ce sens, et de nombreux autres éléments sont ainsi laissés de côté, comme les récits autour de la découverte du tombeau vide. Plutôt que de chercher à reconstruire une chaîne événementielle qui serait acceptable pour tout esprit rationnel et qui risquerait d’aboutir à un récit rocambolesque, peut-être faut-il reconnaître et accepter que l’historien ne peut tout expliquer dans les moindres détails et que l’origine de certaines croyances (religieuses ou non) reste en dehors de son champ. Il peut en revanche constater que la croyance en la résurrection s’est développée assez rapidement après la mort de Jésus, qu’elle constitue dans une certaine mesure une réponse au choc (traumatisant) de la crucifixion et qu’elle a été constitutive du groupe ultérieur de disciples, leur permettant de croire en la messianité de Jésus. Il peut également constater que pour les disciples, le caractère ignominieux de la crucifixion est ainsi renversé. Paul témoigne de ce renversement quand il dit dans sa Première lettre aux Corinthiens 1.18 : « Le langage de la croix en effet est stupidité pour ceux qui périssent mais, pour nous qui sommes sauvés, il est puissance de Dieu. » Plus loin, aux versets 22-25, il ajoute : « 22 Alors que les juifs demandent des signes et que les Grecs cherchent une sagesse, 23 nous autres, nous prêchons un christ crucifié, embûche pour les juifs et stupidité pour les nations, 24 un christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour les appelés, Juifs ou Grecs ; 25 car la stupidité de Dieu est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. » Ces mots témoignent que Paul est conscient de la perception négative de la crucifixion ; mais, pour lui, cette perception relève d’une sagesse humaine qui diffère de la sagesse divine. La sagesse divine est folie aux yeux des hommes, excepté ceux qui l’acceptent.

* L’enseignant peut également faire remarquer que les récits évangéliques ne narrent pas la résurrection de Jésus ; ils évoquent ses apparitions, aux femmes puis à d’autres disciples.

Aujourd’hui, la croyance en la résurrection de Jésus a diminué chez les chrétiens. Beaucoup se considèrent toujours comme chrétiens, tout en considérant soit que Jésus n’est pas ressuscité, soit en croyant en la réincarnation ; ce qui provoque une certaine incompréhension chez d’autres chrétiens.

- La relation à Dieu et au divin

Rapidement un caractère divin est reconnu à Jésus Christ. Cela pose plusieurs questions théologiques et christologiques : celle de sa naissance et de l’incarnation, celle du rapport de Jésus à Dieu dans un cadre monothéiste, celle du lien entre nature humaine et nature divine en Jésus. Il ne s’agit bien sûr pas de faire de la théologie en classe. Néanmoins, cela relève du champ de l’historien de faire remarquer que ces questions ont été débattues, que plusieurs conciles ont été réunis pour en discuter et pour décider des normes croyantes devant s’imposer aux chrétiens et que des Églises, dont certaines qui existent toujours, n’ont pas accepté ces décisions prises.

* interrogation sur la position de Jésus par rapport à Dieu. Au concile de Nicée en 325 (confirmé par le concile de Constantinople en 381), affirmation du dogme du Fils consubstantiel au Père (Jésus et Dieu sont de même substance).

* interrogation sur la nature du Fils : divine, humaine, les deux ? Quelle articulation entre les deux natures ? Au concile d’Éphèse en 431, condamnation de la position de Nestorius (superposition des deux natures dans le Christ) et au concile de Chalcédoine en 451, adoption de la position diophysite (le Christ a deux natures non superposées).

Jésus Christ : au cœur du calendrier chrétien et des rites

- Jésus dans le calendrier

La vie de Jésus telle qu’elle est rapportée par les quatre textes évangéliques est à l’origine de plusieurs fêtes religieuses chrétiennes :

- naissance de Jésus ou nativité. Elle est célébrée en Occident depuis le milieu du IVe siècle, se déroulant le 25 décembre (le terme Noël vient du latin natalis, « naissance »). Cette fête est fondée sur les récits évangéliques devenus canoniques : Évangile selon Matthieu, 2.1, et Évangile selon Luc, 2.4-7, qui mentionnent le lieu de naissance comme étant Bethléem en Galilée. À cet endroit, l’empereur Constantin a fait construire une basilique entre 327 et 333. À partir et à côté des récits devenus canoniques, il faut également prendre en compte d’autres traditions :

+ celles relatives au nombre trois des mages. Le nombre trois apparaît chez Origène (IIIe siècle, dans Homélies sur la Genèse 14.3), en lien avec les trois présents mentionnés dans le récit évangélique.

+ celles concernant leur caractère royal. Le terme mage renvoie d’abord à des savants de Chaldée, de l’Orient. Leur royauté est attestée à partir de Tertullien, auteur chrétien du IIe siècle.

+ celles concernant leur nom : Melchior, Gaspard et Balthazar. Ces noms apparaissent pour la première fois dans un manuscrit du VIe siècle, conservé à la BnF et intitulé Excerpta latina barbari : Bithisarea, Gathaspas, Melichior, et également, à la même époque, dans un écrit apocryphe, l’Évangile arménien de l’Enfance : Balthazar, Melkon et Gaspard.

+ celles quant à la présence de l’âne et du bœuf. Il est question d’une mangeoire dans le texte évangélique. L’âne et le bœuf apparaissent plus tard. La première attestation écrite remonte à un écrit apocryphe : l’Évangile du Pseudo-Matthieu, fin VIe siècle, qui fait référence à Isaïe.

Le sarcophage du IIIe siècle, conservé au musée Pio Christiano (Cité du Vatican) et souvent représenté dans des manuels, ne peut se comprendre s’il n’y a que le rapprochement avec Matthieu (seul évangile canonique qui mentionne les mages et leurs trois présents) qui est proposé. Pour le comprendre, il faut faire référence à d’autres sources, parfois postérieures (voir supra).

- Rameaux : le dimanche des Rameaux débute la « Semaine sainte ». La célébration commémore l’entrée de Jésus à Jérusalem, au cours de laquelle des habitants ont jonché le sol de leurs vêtements ou de feuillages (voir Matthieu 21.8 et Marc 11.8 pour vêtements et feuillage ; Luc 19.36 ne mentionne que des vêtements ; Jean 12.13 mentionne des rameaux de palmiers). À Jérusalem, au IVe siècle, apparaît une procession qui se déroule le dimanche précédant Pâques et qui relie le Mont des Oliviers au Saint Sépulcre ; les participants à la procession brandissent des branches de rameaux. En Gaule, la première attestation de la procession date du IXe siècle.

- Pâques : le dimanche de Pâques commémore la résurrection de Jésus, en se fondant sur les récits évangéliques qui relatent non pas la résurrection mais la découverte du tombeau vide et les apparitions de Jésus aux femmes puis aux autres disciples (Matthieu 28 ; Marc 16 ; Luc 24 ; Jean 20). Dans les premières communautés, Pâques est célébré chaque dimanche. Puis au IIe siècle, en Orient et ensuite en Occident, un dimanche de printemps est choisi pour célébrer Pâques une fois l’an. Des débats se déroulèrent quant à la date, en particulier pour dissocier ou non la date des Pâques chrétiennes de la Pâque juive. Au concile de Nicée, en 325, la décision est prise de célébrer Pâques le dimanche qui suit la pleine lune venant après l’équinoxe de printemps, un dimanche qui se situe entre le 22 mars et le 25 avril.

- ascension : l’ascension, enlèvement au ciel, se réfère surtout à l’ascension de Jésus telle qu’elle est relatée dans Marc, 16.19, Luc, 24.50-53, et Actes des apôtres, 1.9-11. La fête de l’Ascension est attestée dès la fin du IVe siècle, quarante jours après Pâques (suivant ainsi la chronologie donnée par les Actes des apôtres et non la séquence événementielle indiquée par Luc où il n’y aurait aucune prétention chronologique).

- les rites

* Baptême : le rituel d’immersion de pénitence accompli par Jean-Baptiste sur Jésus (relaté en Mt 3, 13-17, Mc 1, 9-11, Lc 3.21, Jn 1.29-34) acquiert une valeur particulière avec l’ouverture des cieux, la venue de l’Esprit sous la forme d’une colombe et la voix ; il a été ainsi perçu comme le déclencheur du ministère de Jésus et comme le fondement du baptême chrétien. Le baptême chrétien marque le premier acte d’adhésion au christianisme ; il s’agit d’abord d’un rite d’immersion où le bénéficiaire est plongé dans l’eau ; il est donné une seule fois, pour la rémission des péchés. Au départ, seuls les adultes sont baptisés, puis les enfants. Ce rite généra une architecture spécifique : les fonts baptismaux ou baptistère qui se situe dans un lieu spécifique, isolé dans les premières églises : le baptistère. Puis les fonts baptismaux sont situés dans une chapelle annexe ou sont intégrés à l’église, selon une chronologie différente selon les lieux. En Italie, jusqu’au XVe siècle, il s’agit de lieux à part (cf. Padoue). Avec le passage du baptême adulte au baptême enfant, les vasques sont plus petites.

* Eucharistie : il s’agit du rite principal du culte chrétien, qui commémore et réactualise le dernier repas de Jésus avant son arrestation et sa mise à mort, tel qu’il est relaté dans les évangiles (Matthieu 26.26-29 ; Marc 14.22-25 ; Luc 22.14-20). Du pain et du vin consacrés sont au cœur du rituel, en lien avec le corps et le sang de Jésus. La pratique du rite se fait selon des modalités différentes selon les confessions chrétiennes.

Quelques repères historiques

37-4 avant l’ère commune : règne d’Hérode le Grand en Judée

Vers 6 avant l’ère commune : naissance de Jésus

14-37 : Tibère empereur

26-36 : procuratèle de Ponce Pilate

Vers 30 : crucifixion de Jésus de Nazareth

Notions de base

-Christos est l’équivalent grec de l’hébreu machiah (translittéré en français messie) qui signifie « oint », « celui qui a reçu une onction royale ». Dans le judaïsme, au départ, est ainsi désignée toute personne qui est investie d’une mission divine ; puis le terme est associé à la fin des temps et désigne le sauveur, le rédempteur qui apparaîtra à la fin des temps. Il ne s’agit pas d’un nom propre, mais d’un titre. Le fait qu’un groupe d’individus l’applique à Jésus après sa mort relève d’un acte de foi : ils affirment ainsi que Jésus est le messie tant attendu. Cependant, cette application est intéressante historiquement car cela montre aussi que ce groupe relit sous un jour nouveau la vie de Jésus et les événements qui se sont déroulés après sa mort. Peu à peu, ce titre est devenu un nom propre.

Sources

Les sources à la disposition des chercheurs sont de trois ordres :

-Sources littéraires internes

* Elles sont relativement nombreuses, avec des statuts différents construits au cours des IIe - IVe siècles :

Les unes sont devenues canoniques entre la fin du IIe et la fin du IVe siècle : les épîtres de Paul (années 50) ; les quatre évangiles (selon Marc : peu avant 70 ; selon Matthieu : après 70 ; selon Luc : vers 70-80 ; selon Jean : vers 95) ; les Actes des apôtres (vers 70-80, même auteur que celui de l'Évangile selon Luc) ; les épîtres de Paul non authentiques, les autres épîtres et l’Apocalypse (fin du Ier siècle).

Les autres ne font pas partie du canon en voie de constitution. Il y a les écrits apologétiques (défense de la foi chrétienne), doctrinaux et exégétiques (commentaires des Écritures) ; par exemple, la Didachè (du Ier siècle), Justin et son Apologie (milieu du IIe siècle), Clément (env. 150 – env. 220) et ses Stromates, Origène, etc.

D’autres, enfin, ont été peu à peu considérés comme « déviants » et ont été rejetés, notamment au moment de la formation du canon ; ce sont les écrits dits « apocryphes », écrits dès la fin du Ier siècle. Parmi eux, on trouve les écrits gnostiques.

* Bien que ces sources soient des témoignages de foi, elles ne sont pas à négliger. Elles donnent des indications sur les différentes représentations de Jésus Christ que se font les communautés chrétiennes, sur ces communautés elles-mêmes (diversité, organisation, rites, rapport entre les communautés chrétiennes et entre celles-ci et les autres communautés), sur les doctrines et les croyances qui se développent.

-Sources littéraires externes

* Elles sont peu nombreuses.

Pour le premier siècle :

- le juif Flavius Josèphe, Antiquité juives 18, § 63-64 et 20, § 200

- le grec Thallos, fragments transmis par le chrétien Sextus Julius

Pour le début du deuxième siècle :

- le latin Pline le Jeune, lettre à Trajan

- l'empereur Trajan, réponse à Pline (Lettres 10, 97)

- le latin Tacite, Annales 15.44

- le latin Suétone, Vie de Claude 25.11 et Vie de Néron 16.3

- l'empereur Hadrien, une lettre transmise par le chrétien Justin, Apologie 1, 68 ; une seconde (conservée par Flavius Vospicus, Le Quadrige des tyrans 8) est considérée comme fausse.

Pour la seconde moitié du deuxième siècle :

- le Syrien stoïcien Mara Bar Sérapion, lettre à son fils Sérapion (BM, ms. syriaque 14658)

- le satiriste grec Lucien de Samosate, La Mort de Pérégrinos

- le philosophe grec Celse, fragments dans le Contre Celse du chrétien Origène

* Ces sources attestent de l’existence de communautés se réclamant de Jésus / Christ et certaines apportent quelques éléments sur Jésus, avec parfois un point de vue très négatif. Elles donnent aussi des indications sur les relations entre les « païens » et les chrétiens.

-Sources archéologiques

Elles sont peu nombreuses durant les trois premiers siècles. Concernant Jésus lui-même, elles donnent peu d’éléments, excepté que des crucifiés pouvaient être enterrés dans des tombes familiales.

Textes de référence

Sélection iconographique

- Nativité sur un sarcophage en marbre, IIIe siècle, Musée Pio Christiano, Cité du Vatican. (voir Hatier, Histoire 6e, p. 136).

Aspect artistique : dépendance vis-à-vis de l’art gréco-romain.

Sens : comparer avec le récit de l’Évangile selon Matthieu qui parle bien de mages et de trois présents et voir comment ce document iconographique atteste aussi de traditions orales, dont le chercheur a des traces écrites parfois plus tardives que le document iconographique. La qualification de rois apparaît au IIe siècle (cf. en particulier Tertullien) ; le nombre de trois mages apparaît au IIIe siècle (Origène, Homélies sur la Genèse 14.3 : fixe le nombre à trois en se basant sur les trois présents mentionnés par Mt) ; la présence de l’âne et du bœuf est attestée dans les sources écrites, apocryphes, à partir de la fin du VIe siècle (cf. Évangile du pseudo-Matthieu).

Bibliographie

Sources

Écrits apocryphes chrétiens, sous la direction de François Bovon et Pierre Geoltrain (“La Pléiade”), Paris, Gallimard, 2 tomes, 1997, 1782 p.

Écrits apocryphes chrétiens, tome 2, sous la direction de Pierre Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli (“La Pléiade”), Paris, Gallimard, 2005, 2156 p.

La Bible. Nouveau Testament (“La Pléiade”), Paris, Gallimard, 1971, 1055 p.

La Bible. Notes intégrales. Traduction œcuménique, Paris, Cerf-Société biblique française-Bibli’o, 2010.

Études

BOESPFLUG, François, Dieu et ses images. Une histoire de l’Eternel dans l’art, Paris, Bayard, 2008.

BURNET, Régis, Le Nouveau Testament (“Que sais-je ?”), Paris, PUF, 2004, 128 p.

CORBIN, Alain (dir.), Histoire du christianisme, Paris, Seuil, 2007, 468 p.

DELUMEAU, Jean (dir.), Dictionnaire de l’Histoire du christianisme (“Dictionnaire Encyclopedia Universalis”), Paris, Albin Michel, 2000, 1174 p.

MIMOUNI, Simon Claude – MARAVAL Pierre, Le christianisme des origines à Constantin (“Nouvelle Clio”), Paris, PUF, 2006, 528 p.

VAN DEN KERCHOVE, Anna, Histoire du christianisme (“La documentation photographique 8069”), Paris, La Documentation française, mai-juin 2009.

VAUCHEZ, André (dir.), Christianisme. Dictionnaire des temps, des lieux et des figures, Paris, Seuil, 2010.

« Religion in the News : Dating Jesus’ Death by the Earthquake », http://ehrmanblog.org/religion-in-the-news-dating-jesus-death-by-the-earthquake/, 31 mai 2012 (accès payant : 14 mai 2013)

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Référence du document

« Van den Kerchove Anna, Jésus » , 2014 , IESR - Institut Européen en Sciences des Religions , mis à jour le: 16/12/2016, URL : http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/ressources-pedagogiques/fiches-pedagogiques/jesus

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L'expression du religieux dans la sphère publique : comparaisons internationales
Textes réunis par Pascal COURTADE et Isabelle SAINT-MARTIN, avec la collaboration de Louis HOURMANT
Vifs dans l’actualité, les débats liés à l’expression du religieux dans la sphère publique sont revenus à diverses reprises dans la jurisprudence récente. Afin de mettre en perspective ces enjeux, un colloque international, tenu sous l’égide du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires...

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Théorie de l’évolution et religions
Sous la direction de Philippe PORTIER, Michel VEUILLE et Jean-Paul WILLAIME. Actes du colloque des 14 et 15 mai 2009 au Lycée Henri IV

 

Plus de 150 ans après la publication de L’Origine des espèces (1859) du biologiste anglais Charles Darwin (1809-1882), la théorie de l’évolution est toujours mise en cause aujourd’hui, tant en milieu chrétien que musulman, par des personnes considérant qu’elle est incompatible avec les...

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