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Missions de l’Institut européen en sciences des religions et missions de l’école


Par Gaudin Philippe

Sommaire

Aux termes de l’article 2 de l’arrêté du 6 mars 2006, L’IESR a été créé, notamment, pour « …participer à la formation initiale et continue des enseignants et des formateurs des établissements d’enseignement et de formation, pour la connaissance des faits religieux… » et doit « …favoriser une réflexion commune sur le contenu des enseignements ». Ces missions de recherche et de formation doivent donc rencontrer les missions que la Nation confie à son école. Au-delà, tant au niveau national qu’européen et dans un esprit laïc, l’IESR doit « …éclairer les problèmes contemporains par les fondamentaux historiques et textuels, en valorisant et diffusant les investigations en cours sur les phénomènes religieux ».

Les missions de l’école viennent d’être précisées par la loi du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école qui prévoit un « Socle commun de connaissances et de compétences » (JO du 12/07/06) pour les élèves et par voie de conséquence un « Cahier des charges de la formation des maîtres en institut universitaire de formation des maîtres » (JO du 28/12/06).

Il convient donc d’analyser le contenu de ce Socle commun et de ce Cahier des charges pour montrer en quoi et comment l’IESR peut et doit contribuer à leur mise en œuvre, conformément aux missions qui sont les siennes.

Transmission des connaissances et partage des valeurs

Transmission des connaissances et partage des valeurs de la République inscrivent le Socle commun des connaissances et le Cahier des charges de la formation des maîtres dans la mission générale de l’école.

Avant toute chose en effet, il faut rappeler la mission la plus générale que la loi du 23 avril 2005 pour l’avenir de l’école confie à celle-ci. Son article 2 énonce : « Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République. Dans l’exercice de leurs fonctions, les personnels mettent en œuvre ces valeurs ».

La mission de l’école ne se résume donc pas à se mettre démocratiquement au service de ses usagers pour donner corps à leur droit à l’éducation. Elle a aussi le devoir spécifiquement républicain de leur faire partager un certain nombre de valeurs, communes de ce fait, qui sont d’abord mises en œuvre par les personnels de l’éducation nationale. Le Socle commun dans son Annexe traduit cette double mission fondamentale : garantir à chaque élève la capacité « …d’accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société » ; mais aussi garantir une culture commune grâce au partage des valeurs de la République qui fait du Socle commun « le ciment de la Nation ». Le Cahier des charges, quant à lui, affirme dans son Annexe que si l’école est le lieu du « partage de la connaissance » dans « la volonté de faire réussir tous les élèves » elle est aussi « le lieu de la formation du citoyen où se construit une culture commune pour vivre ensemble ».

Mais quelles sont donc ces valeurs ? Il est écrit dans le Cahier des charges que le professeur doit connaître « Les valeurs de la République et les textes qui les fondent : liberté, égalité, fraternité ; laïcité ; refus de toutes les discriminations ; mixité ; égalité entre les hommes et les femmes ». On remarque l’apparition de la mixité dans les valeurs de la République, depuis que la Loi d’orientation pour l’avenir de l’école a fait ajouter à l’article L 121-1 du Code de l’éducation après le mot : « favoriser » les mots : « la mixité et ». Cet article énonce désormais que les établissements scolaires : « …contribuent à favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Convergences

Convergences entre le Socle commun, le Cahier des charges et les missions de l’IESR.

Le socle commun

Le Socle commun s’organise autour de sept compétences que les élèves doivent acquérir. Il y en a deux qui sont concernées par les missions de l’IESR : La « culture humaniste » et les « compétences sociales et civiques ».

La culture humaniste

« En sachant d’où viennent la France et l’Europe et en sachant les situer dans le monde d’aujourd’hui, les élèves se projetteront plus lucidement dans l’avenir ». Le Socle inscrit donc cette culture humaniste dans le souci d’avoir « le sens de la continuité et de la rupture, de l’identité et de l’altérité ». Elle doit aussi « participer à la construction du sentiment d’appartenance à la communauté des citoyens ». Cela suppose pour comprendre les différentes périodes de l’histoire de l’humanité de « mettre en relation faits politiques, économiques, sociaux, culturels, religieux, scientifiques et techniques, littéraires et artistiques ». Cela suppose aussi une connaissance des « textes majeurs de l’Antiquité (l’Iliade et l’Odyssée, récits de la fondation de Rome, la Bible) » ; « de la diversité des civilisations, des sociétés, des religions ; du fait religieux en France, en Europe et dans le monde en prenant notamment appui sur des textes fondateurs (en particulier des extraits de la Bible et du Coran) dans un esprit de laïcité respectueux des consciences et des convictions ». Cette culture humaniste doit en outre développer des « capacités » et des « attitudes » : « avoir une approche sensible de la réalité » ; « mobiliser ses connaissances pour donner du sens à l’actualité » ; « donner des références communes et l’envie d’avoir une culture personnelle » ; « développer la conscience que les expériences humaines ont quelque chose d’universel ».

Les compétences sociales et civiques

« Se préparer à sa vie de citoyen » suppose des connaissances dont celle du « principe de laïcité » et des attitudes comme « l’intérêt pour la vie publique et les grands enjeux de société ».

Le cahier des charges

Comment le Cahier des charges répond-il aux exigences du Socle que nous venons de voir ? Le Cahier des charges précise les principes de la formation professionnelle des maîtres et notamment celui d’ouverture sur la société française contemporaine, il s’organise par ailleurs autour de dix compétences. Il nous semble que cinq d’entre elles sont concernées par les missions de l’IESR : « agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable » ; « maîtriser les disciplines et avoir un bonne culture générale » ; « concevoir et mettre en œuvre son enseignement » ; « prendre en compte la diversité des élèves » ; « se former et innover ».

Le passage du Cahier des charges qui concerne clairement les missions de l’IESR est le suivant : « Comprendre la diversité culturelle de la France d’aujourd’hui pour contribuer à la construction d’une culture commune à tous les élèves.

L’école est le lieu de la formation du citoyen et donc de la construction d’une culture commune pour vivre ensemble. Cette culture repose sur le partage des valeurs républicaines communes. Elle suppose des savoirs scientifiquement établis, elle repose aussi sur la prise en compte des diversités culturelles et religieuses de la France d’aujourd’hui. Les savoirs concernant le fait religieux - histoire, œuvres, patrimoine, compréhension du monde actuel... - sont enseignés dans le cadre des différentes disciplines, mais il est indispensable que tous les professeurs bénéficient d’une formation solidement ancrée dans un apprentissage de la pratique de la laïcité ».

Voyons maintenant les compétences attendues des maîtres qui concernent notre propos.

  • Agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable : faire respecter la liberté d’opinion et le principe de laïcité, faire comprendre et partager les valeurs de la République.

  • Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale : Celle-ci lui permet de contribuer à la construction d’une culture commune des élèves.

  • Concevoir et mettre en œuvre son enseignement : Le professeur doit savoir se servir de documents d’accompagnement, développer des approches pluridisciplinaires et transversales fondées sur les convergences et les complémentarités entre les disciplines.

  • Prendre en compte la diversité des élèves : Le professeur met en œuvre les valeurs de la mixité, qu’il s’agisse du respect mutuel ou de l’égalité entre tous les élèves ; il connaît les éléments de sociologie et de psychologie lui permettant de tenir compte, dans le cadre de son enseignement, de la diversité des élèves et de leurs cultures.

  • Se former et innover : Le professeur met à jour ses connaissances disciplinaires, didactiques et pédagogiques, il connaît l’état de la recherche dans sa discipline.

Sens et mise en œuvre des missions de l’IESR dans le cadre de l’école

Une première remarque s’impose. Les missions de l’IESR sont en parfaite adéquation avec la mission générale de l’école. Celle-ci a deux aspects : le partage des connaissances et celui d’une culture commune faite des valeurs de la République. Cet idéal intellectuel et politique s’inscrit dans l’esprit même de la laïcité qui est toujours une façon de conjuguer unité et pluralité, égalité et liberté. Faire progresser la connaissance et l’enseignement du fait religieux est d’une manière évidente poursuivre l’idéal de la connaissance et de son partage. Mais cette connaissance participe aussi de l’idéal de la construction d’une culture commune qui est impossible sans la prise en compte de la diversité culturelle et religieuse de la France d’aujourd’hui. Cette prise en compte est un enrichissement théorique et pratique de la laïcité sur laquelle l’IESR mène des missions de recherche et de formation.

Par la connaissance des faits religieux et la participation à la construction d’une culture commune, l’IESR ne répond certes qu’à un aspect de la complexe exigence éducative, mais cet aspect est essentiel. Non seulement il contribue au renouvellement des connaissances et de la pédagogie dans nombre de disciplines, mais encore il est au cœur du pacte républicain qui a sans cesse besoin d’être repensé pour être vivifié.

La mise en oeuvre de ces missions concerne aussi bien la formation initiale que continue des enseignants, en collaboration avec les IUFM. Les modules de formation portent sur les principes de la laïcité, son histoire et sa pratique, notamment dans l’univers scolaire. Ils portent sur les relations entre religions, Etat et éducation dans les différents pays européens. Ils portent sur la signification des faits religieux dans le cadre des disciplines et sur la place qu’ils occupent dans les programmes. Ils portent sur l’usage des documents et l’étude des œuvres littéraires et artistiques dans le cadre de la classe ou lors de sorties pédagogiques. Ces modules sont réalisés en partenariat avec différentes institutions universitaires, au premier rang desquelles l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l’Institut d’Etudes de l’Islam et des Sociétés du Monde Musulman ; mais aussi des institutions culturelles comme le Musée du Louvre, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, L’Institut de Monde Arabe. Ils sont aussi le fruit de séminaires de recherche menés au sein de l’IESR, comme « Religion et espaces coloniaux : quel enseignement ? », « Philosophie et religions », « Enseigner l’histoire de l’islam »…

La récente définition du socle commun des connaissances que l’on souhaite pour les élèves et celle de la formation que l’on attend des maîtres, précisent et rendent plus concrètes certaines des missions de l’IESR. L’exigence de la recherche et le souci du partage des connaissances dans l’esprit de la laïcité, en s’ouvrant plus largement aux faits religieux, ont commencé à écrire une nouvelle page de l’aventure républicaine de notre école.

Philippe Gaudin, IESR-EPHE

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