Enseignement des faits religieux et IESR
Document IESRL’enseignement des faits religieux et l’apprentissage de la pratique de laïcité dans le cahier des charges de la formation des maîtres
Philippe Gaudin (IESR-EPHE)
- Domaines religieux :
- Laïcité : Enseignement des faits religieux ;
- Laïcité : Territoire : France
Plan
Nous nous attacherons à expliquer plus particulièrement le passage du Cahier des charges de la formation des maîtres qui concerne directement et explicitement notre sujet.
« Comprendre la diversité culturelle de la France d’aujourd’hui pour contribuer à la construction d’une culture commune à tous les élèves.
L’école est le lieu de la formation du citoyen et donc de la construction d’une culture commune pour vivre ensemble. Cette culture repose sur le partage des valeurs républicaines communes. Elle suppose des savoirs scientifiquement établis, elle repose aussi sur la prise en compte des diversités culturelles et religieuses de la France d’aujourd’hui. Les savoirs concernant le fait religieux - histoire, œuvres, patrimoine, compréhension du monde actuel... - sont enseignés dans le cadre des différentes disciplines, mais il est indispensable que tous les professeurs bénéficient d’une formation solidement ancrée dans un apprentissage de la pratique de la laïcité ».
Situation de ce passage dans le Cahier des charges :
Il se situe en 2.3 « Une formation ouverte sur l’environnement économique et sur la société française ». Pour ce qui nous concerne, il s’agit donc de comprendre la société française et plus précisément encore « …la diversité culturelle de la France d’aujourd’hui pour contribuer à la construction d’une culture commune à tous les élèves ».
Trois remarques s’imposent :
-
Il s’agit de comprendre la société contemporaine française.
-
Il s’agit de comprendre sa diversité culturelle.
-
Cette compréhension est finalisée : elle doit servir à une culture commune car cette diversité ne doit pas signifier absence d’unité.
Notons tout de suite qu’il n’est pas question dans ces « têtes de chapitres » de religions ou de faits religieux. Cela signifie qu’ils ne sont qu’une des dimensions de la compréhension du monde contemporain et de la société française en particulier.
Analyse
1 – Culture commune, valeurs républicaines et savoirs scientifiquement établis
Si l’école laïque républicaine est indépendante de tout culte religieux, elle n’est pas neutre philosophiquement et politiquement. Elle forme des citoyens égaux en droits et construit une culture commune pour vivre ensemble. Pour se faire elle repose sur le partage des valeurs républicaines et suppose des savoirs scientifiquement établis.
Ces valeurs sont un choix (liberté, égalité, fraternité, laïcité, non discrimination, mixité, égalité entre les sexes) puisque bien des sociétés dans le temps et dans l’espace en ont d’autres. Les faire partager par l’exemple et l’enseignement forme une volonté politique au sens républicain et non partisan de ces mots.
Que signifie le fait que cette « culture commune » suppose des « savoirs scientifiquement établis ». Là encore il s’agit d’un choix puisqu’il renvoie au processus long et complexe de la connaissance, à l’opposé des opinions non argumentées, des préjugés et des idéologies. Cette expression doit être prise non dans un sens étroitement positiviste puisque tous les savoirs ne sont pas de l’ordre des sciences expérimentales et développent leur propre rigueur méthodologique. Comprendre une œuvre d’art n’est pas du même ordre qu’expliquer la division cellulaire. Que ce soit par le raisonnement, l’expérimentation, la recherche documentaire ou l’apprentissage des langages symboliques, la vérité - toujours provisoire - est ce que l’on peut partager sous la conduite du maître et non ce qui est imposé autoritairement sans autre forme de preuves.
L’éthique de la recherche de la vérité pour tous est animée de l’idéal de l’impartialité mais n’est donc pas neutre ni théoriquement, ni pratiquement, encore moins relativiste.
2 – Prise en compte des diversités culturelles, religieuses et savoirs concernant le fait religieux
Cette volonté républicaine ne doit toutefois pas rester une pure abstraction s’adressant à des citoyens idéaux dépourvus de toutes attaches culturelles et familiales autres que l’amour du savoir ! C’est pourquoi il n’y a pas de culture commune sans « prise en compte des diversités culturelles et religieuses de la France d’aujourd’hui ». La culture commune n’est donc pas une négation de toute diversité, elle est plutôt son assomption par le travail de l’intelligence. Cela signifie compréhension mais aussi capacité d’entrer en relation avec. Que veut dire « prendre en compte » ? Cela signifie que les faits religieux, notamment, sont une dimension nécessaire à l’intelligence de la société qui est elle-même mise en œuvre dans différentes disciplines en fonction des programmes.
Les faits religieux ne sont pas l’objet d’un seul type de savoir, ni d’une seule forme de pédagogie. Ils peuvent être directement abordés par les textes en lettres, en philosophie ou en langues, par toutes formes de documents ou de données d’enquêtes en histoire ou en sciences sociales, par l’étude d’œuvres d’art ou de monuments qui forment un patrimoine qui appartient à tous. Ces différentes mises en perspective doivent contribuer à former des citoyens capables de comprendre le monde actuel.
3 – Apprentissage de la pratique de laïcité
Que faut-il entendre par « apprentissage de la pratique de la laïcité » ? Il ne s’agit pas d’une matière en soi et encore moins du rappel d’un principe auquel la prise en compte des faits religieux aurait fait une entorse ! Cet apprentissage comporte certes une connaissance des principes philosophiques, juridiques, historiques de la laïcité mais signifie surtout que les maîtres doivent se familiariser avec une déontologie générale selon laquelle la laïcité concerne aussi bien la manière d’aborder la connaissance - y compris bien sûr celle des faits religieux – que la vie dans les établissements scolaires.
Enseignement des faits religieux et apprentissage de la pratique de la laïcité sont donc au cœur des missions essentielles de l’école : partager la connaissance et former des hommes et des femmes, des citoyens ayant une culture commune dans le respect des identités de chacun.
Philippe Gaudin, IESR-EPHE