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[compte-rendu]: Compte-rendu d'ouvrageLe Coran et ses traductions en français

Il existe plus de 120 traductions françaises du Coran. La plus ancienne (1647), œuvre du consul de France à Alexandrie, André du Ryer, a été utilisée pendant 140 ans.

Les traductions contemporaines peuvent être classées en deux groupes : œuvres de traducteurs croyants, et plutôt destinées aux musulmans francophones, elles sont alors présentées comme des traductions des « sens » des versets du «  Saint Coran » ou du Coran « inimitable » ; à l’intention du grand public, on trouvera plutôt les termes d’« essais » ou « essais d’interprétation » du Coran. Pour certains musulmans, les traductions actuelles disponibles sont peu fiables, en particulier celle très répandue de Kasimirski (1840), ou les traductions non « révisées » par une autorité islamique (Médine, al-Azhar…).

Depuis 1923, toutes les traductions du Coran sont faites à partir de l’édition imprimée au Caire qui a retenu une seule des sept lectures traditionnelles admises, celle de Kûfa. Les variantes entre ces lectures sont mineures et concernent surtout la vocalisation.

La traduction de Denise Masson (Gallimard, 1967) est certainement aujourd’hui la plus diffusée ; nous lui consacrons une notice spécifique. D’orientation non confessionnelle, elle a néanmoins reçu l’approbation de plusieurs autorités islamiques, dont la mosquée du Caire. Les principales traductions accessibles sont les suivantes.

Traductions par des musulmans

  • Muhammad Hamidullah (1908-2002), érudit d’origine indienne, qui vécut en France de 1948 à 1996, est l’auteur d’une biographie du Prophète (2 tomes, 1962) recommandée par les librairies musulmanes et le premier musulman à avoir donné une traduction française : Le Coran, trad. intégrale et notes de Muhammad Hamidullah, avec la collaboration de Michel Léturmy, préface de Louis Massignon, Paris, Le Club français du livre, 1959, est une belle édition en trois volumes ornés de calligraphies. L’édition Dar Al-Ma'rifa, Beyrouth, 2001, 632 p. donne sa traduction, revue et corrigée par le Conseil scientifique islamique de Médine sous le titre Le saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets, mais ne semble pas avoir reçu son accord.

  • Cheikh Si Hamza Boubakeur (1912-1995), agrégé d’arabe, fut député des Oasis en Algérie (1958), recteur de l'Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1957 à 1962 (cf. Alain Boyer, L’islam en France). Sa traduction, publiée en 1972, a fait l’objet d’une importante refonte en 1978 et de nombreuses rééditions, la plus récente en 1995 : Le Coran, traduction française et commentaire d’après la tradition, les différentes écoles, Paris, Maisonneuve et Larose, 2 vol., 2134 p.

  • Sadok Mazigh est né à Tunis en 1906. Ecrivain reconnu dans son pays (lauréat de prix littéraires en 1953 et 1982), il est l’auteur d’une traduction dont la qualité du style a été remarquée : Le Coran essai d’interprétation du Coran inimitable [1re éd. en 2 vol., Tunis, 1979], Paris, éditions du Jaguar, 1985, 1 vol., bilingue, éd. refondue, illustrée de calligraphies.

  • Parmi les traductions les plus diffusées et vivement recommandées dans les milieux musulmans très pratiquants et francophones, on peut encore citer celles du Dr Salah Ed-Dine Kechrid (tunisien, né en 1924), Le Saint Coran, Beyrouth, Graphic et Arts Services, texte français, revu et corrigé par Dr. Mohammad Yalaoui, professeur à l'Université de Tunis, 6e édition 1994 ; et celle du Cheikh Boureima Abdou Daouda, recteur de la mosquée de Niamey (Niger) et diplôméde l'Université islamique de Médine, Le sens des versets du Saint Coran, Riad, Daroussalam (ou Dar Ou Salam), 1999. Ces traductions sont très littérales. Les notes accompagnant certains versets reflètent parfois une attitude antisémite.

Traductions « laïques »

  • Albert de Biberstein Kasimirski ou Kazimirski (1808-1887), d’origine hongroise, était drogman (nom donné aux interprètes représentant la France dans les Échelles du Levant). Chargé de réviser la deuxième traduction du Coran en français, celle de Savary (1783), il fit sa propre traduction (Paris, Charpentier, 1840, 576 p.). Il s’est inspiré des travaux antérieurs du clerc italien Marracci (1698), de l’Anglais Sale (1734). Comme toutes les versions des XIXe et du début du XXe siècles, il ne cherche pas à suivre de près l’original arabe. Malgré les critiques, cette traduction en langue française classique est constamment rééditée. Mohammed Arkoun a donné une importante préface à l’édition Garnier-Flammarion, Paris, 1970, 512 p. : « Comment lire le Coran ? », dans laquelle il propose au lecteur non-musulman, étranger à « l’univers coranique », des jalons pour retrouver le sens profond du Coran et le situer face à la pensée moderne.

  • La traduction de l’orientaliste Régis Blachère, (1900-1973), publiée en trois volumes (1947, 1951, 1957 – dernière édition Maisonneuve & Larose, 2002) est une édition « critique » du Coran avec un appareil de notes important, justifiant notamment les choix de l’auteur pour les termes difficiles. Elle a été accompagnée en 1949 d’une importante Introduction au Coran (rééd. 2002, Maisonnneuve et Larose, 310 p). Les sourates de la vulgate coranique sont classées dans un ordre chronologique en quatre groupes suivant les styles et les thèmes, conformément aux études philologiques des orientalistes allemands (G. Weil, 1844 ; Theodor Nöldeke, 1860 ; et ceux du début du XXe siècle) et aux apports des savants du Caire. Fidèle à la langue arabe, la traduction de R. Blachère s’adresse à des spécialistes de l’islam ; elle a nourri le travail plus accessible de Denise Masson.

  • Denise Masson (Gallimard, 1967), la plus diffusée de toutes les traductions françaises du Coran (voir notice spécifique).

  • Jean Grosjean, né en 1912, poète français, prêtre de 1939 à sa rupture avec l’Église (1950), a traduit le Coran mais aussi les Évangiles, et préfacé la traduction de Danielle Masson. Sa propre version du Coran dans une langue très poétique, a été révisée suivant les indications de l'Institut de recherches islamiques de al-Azhar. La première édition (Paris, Philippe Lebaud, 1979) est somptueusement ornée par l’artisteiranien Ch. H. Zenderoudi et précédée d’une étude de Jacques Berque (disponible en édition de poche, Le Seuil, Points « Sagesse », 2001).

  • Jacques Berque (1910-1995), grand orientaliste français né en Algérie, a été professeur au Collège de France. Sa traduction du Coran, très remarquée, est portée par seize ans de recherches : Le Coran : essai de traduction de l'arabe annoté et suivi d'une étude exégétique, Paris, [1991], révisée en 1995, Albin Michel, « La Bibliothèque spirituelle », 844 p. Une importante étude « En relisant le Coran » précède des annexes (liste des commentaires du Coran utilisés, table des sourates suivant l'ordre alphabétique, index des noms). Cette traduction brillante est d’accès difficile en raison du niveau de culture islamique exigé pour la compréhension et du style qui cherche à retrouver la beauté de l’arabe coranique et de sa prose assonancée.

  • André Chouraqui né en Algérie en 1917, installé en Israël depuis 1957 (ancien maire de Jérusalem), écrivain, a offert une traduction de la Bible remarquable par son souci de restitution du sens et de la force de la racine sémitique des mots. Il s’est attaché à celle du Coran dans le même esprit. Sa traduction, L’Appel, Paris, Robert Laffont, 1990, a bénéficié du concours du Dr Mahmoud Azab Mohamed, professeur de langues sémitiques à l’université d’Al-Azhar du Caire et à l’INALCO (Paris), docteur en Sorbonne, et du dominicain Pierre Lambert, théologien engagé dans les relations islamo-chrétiennes.

N.S

Référence du document

Recension : « Le Coran et ses traductions en français », IESR - Institut européen en sciences des religions, mis à jour le : 29/05/2007, URL : http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index3763.html